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Om
vandé gourounaam charanaaravindé
Louanges aux pieds-lotus des gourous

Rendre grâce en se mettant aux pieds, la partie la plus basse du corps, des gourous. Le lotus est un symbole de pureté, une fleur magnifique qui émerge d'une mare boueuse. Les pieds-lotus ne sont donc pas des pieds ordinaires!
En sanskrit, les sons ont leurs significations propres et leurs combinaisons créent de nouveaux mots. Ainsi, gourou est la combinaison de «gou», ténèbres, et «rou», lumière. Les gourous nous font donc passer des ténèbres à la lumière, une belle façon de dire professeur ou enseignant.
Le chant remercie la succession des gourous qui ont transmis le yoga jusqu'à nous.

sandarshita swaatma soukhaava bodhé
à la révélation de notre être véritable, l'éveil au bonheur

«Sandarshita» signifie amener à la vue, révéler. La racine «darsh», voir, se retrouve aussi dans le mot «darshan», un rituel hindou où des offrandes sont présentées sous les battements de tambours, le tintement de cloches, et les volutes d'encens. Soudain, le rideau est tiré et la statue du dieu hindou est révélée. Cette révélation, ce «darshan» est une communion, un aperçu d'une réalité plus grande que notre personne.
Selon la philosophie du yoga, notre être ne se limite pas au corps, au mental ou à la somme de nos actions. Notre être véritable, «swaatma», est dans la conscience du moment présent. Une conscience indescriptible qui nous contient tous, qui contient l'univers, une conscience sans début ni fin. Cette révélation est l'éveil au bonheur, à la béatitude.
«Bodhé», éveil, est à la racine du mot «Bouddha», l'Éveillé.
Pour les yogis, l'instant présent est tout ce qu'il y a de réel. C'est pourquoi il est si précieux. La pratique du yoga, à travers les postures, la respiration et la méditation polit, aiguise et raffine notre conscience d'être.

nishréyasé jaangali kaayamaané
sans égal, le guérisseur de la jungle

Ce qui est sans égal, incomparable, ultime, c'est encore cette fameuse conscience du moment présent.
En sortant un peu du contexte, on peut ajouter que dans la pratique du yoga, chacun est sans égal avec ses talents naturels et ses difficultés. Il est donc préférable de cesser de se comparer.
«Jaangali kaayamaané»,le guérisseur de la jungle évoque les temps anciens d'où le yoga provient et peut-être l'idée que le yoga n'est pas un remède conventionnel!

samsaara haalaahala mohashaantyaé
qui pacifie l'illusion du poison de l'existence cyclique

Pour réaliser le yoga, il faut renoncer à Samsāra, la roue qui tourne, l'existence cyclique: le cycle de la naissance et de la mort, le cycle alternatif du plaisir et de la douleur, du désir et de la peur. Cesser de s'identifier à la succession des pensées, à la succession des joies et des souffrances; refuser de se limiter à son corps, à son esprit, à ce que l'on croit être sa personne (souvent ancrée dans la mémoire).
Le poison de Samsāra nous sépare du reste du monde, il cause nos guerres et nos misères. Cette séparation est illusoire. La conscience, l'instant présent est toujours prêt à nous ravaler dans son océan de paix et de silence.

aabaahou pouroushaakaaram
de ses bras, sous la forme d'un homme
La deuxième section de l'invocation décrit symboliquement le sage Patanjali (l'auteur des Yoga Soûtras) comme l'incarnation du yoga, de l'absorption dans l'être.
À partir de ses bras jusqu'au sol, Patanjali apparaît tel un homme. En Inde, les dieux prennent souvent des formes insolites: corps d'homme avec tête d'éléphant pour le dieu Ganesha, corps d'homme avec tête et queue de singe pour Hanuman, tête à trois (ou mille) visages pour Brahman, corps qui ont deux paires de bras ou plus... La forme symbolique de Patanjali n'y échappe pas.
shankachakraasi dhaarinam
portant la conque, le disque et l'épée
Patanjali est représentée avec quatre bras. L'un d'eux porte une conque. Selon le Larousse, la conque est une «coquille servant de trompe au dieux de la mer». Cette trompe représente ici le son qui a donné naissance à l'univers (Om...). Un autre bras porte un disque (parfois enflammé) qui symbolise l'infinité du temps. Un troisième tient l'épée de la discrimination qui tranche entre le vrai et le faux. Le quatrième fait un geste de la main, un moudra. Souvent il s'agit du «abhaya moudra », la paume ouverte avec les doigts vers le haut, un geste qui invite à abandonner ses peurs.
sahasra shirasam shwétam
aux milles têtes blanches radiantes
Les milles têtes blanches radiantes sont des têtes de cobras qui font référence au serpent divin de la mythologie hindou Ananta, le premier serviteur du dieu Vishnou. Les milles têtes symbolisent la connection à l'infini, la transcendance de l'individualité pour réaliser l'unité de tout ce qui est.
«Sahasra», mille, se retrouve dans le nom du septième chakra, le sahasraara chakra, situé au sommet de la tête. «Shirasam», têtes, se retrouve dans «shirshasana», la posture sur la tête.
pranamaami patanjalim
je me prosterne devant le sage Patanjali
Nous espérons que cette interprétation de l'invocation d'ouverture vous aidera à apprécier la tradition de chanter au début de la pratique. Et qui sait, peut-être qu’un jour, au-delà des bienfaits physiques, au-delà des lotus, demi-lotus, montées sur la tête, grand ponts et mini-ponts, le fruit du yoga passera enfin à maturité…

Pour ceux qui débutent chez nous, le chant est introduit graduellement vers la fin de la première session des cours de niveau 1. Il est chanté au début de chaque classe de niveau 2.

Om

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